Par Théo Garcia-Badin et Manon Havet 

« Fin du monde, fin du mois, même combat » : le mouvement des gilets jaunes a rappelé le lien intime qui existait entre urgence climatique et urgence sociale. Longtemps considérée comme implicite au projet écologiste, la question de la justice sociale -et de la lutte contre les inégalités – doit devenir un principe fort de la transition écologique que nous portons.

Dans le monde, le niveau des inégalités explose pour atteindre des niveaux de concentration des richesses insupportables : aujourd’hui les 26 milliardaires les plus riches détiennent autant d’argent que la moitié la plus pauvre de l’humanité soit les 3,8 milliards de personnes. Ce processus de concentration et d’accumulation des richesses s’accentue au sein d’une spirale inégalitaire devenue incontrôlable. Depuis 2010, la richesse des 1% les plus riches de la planète augmente ainsi de 13% par an.

En France, les attaques des libéraux contre le modèle de protection sociale conjuguées aux réformes d’un système fiscal devenu de moins en moins progressif avec son lot de privilèges pour les plus aisés (boucliers fiscaux, suppression de l’ISF, niches fiscales) expliquent une trajectoire inégalitaire de plus en plus inquiétante. Entre 1983 et 2015, le revenu moyen des 1% de français les plus aisés a progressé de 100% contre à peine 25% pour le reste de la population. Preuve que cette tendance de concentration des richesses aux mains de quelques-uns se renforce : au seul 1er semestre 2019, la richesse cumulée par les 14 citoyens français les plus riches a ainsi progressé de 78 milliards de dollars, soit +35%.

Cette spirale inégalitaire pose bien évidemment de nombreux problèmes en termes de justice sociale, mais aussi de démocratie, et elle interroge notre capacité à nous écologistes à réaliser la transition écologique que nous portons.

Tout d’abord parce que les études montrent que inégalités environnementales et sociales sont intimement liées et s’entretiennent. Plus une société est inégalitaire, plus son impact sur l’environnement est néfaste. Le niveau de revenu et de richesses est en effet fortement corrélé au niveau de pollution. C’est ainsi qu’en France, les 10% les plus pauvres polluent 8 fois moins que les 10% les plus aisés.

Ensuite, l’Histoire a montré que le maintien de forts niveaux d’inégalités a largement contribué à fragiliser, voire mettre en péril la démocratie et par là même nos chances politiques de mettre la transition écologique en action. Les travaux récents sur les victoires de Trump et de Bolsonaro montrent ainsi que les niveaux extrêmes d’inégalités contribuent à démobiliser les électeurs progressistes et constituent un terreau fertile à la diffusion des thèses xénophobes. Victoires qui mettent non seulement la démocratie en tension mais qui se traduisent aussi par des attaques historiques contre la protection de l’environnement.

Enfin la corrélation entre fort taux d’inégalités et crise financière compromet à court-terme l’espoir de financement de la transition écologique alors que tous les indicateurs annoncent l’arrivée d’une nouvelle bulle financière. Les études montrent qu’en situation de croissance inégalitaire, les plus riches prennent davantage de risques quand ils investissent sur les marchés financiers nourrissant ainsi la bulle immobilière et l’emballement généralisé.

La transition écologique ne peut donc pas s’envisager sans une profonde réduction des inégalités. La montée des inégalités n’est pas une fatalité à laquelle nous devrions nous résoudre, mais le résultat d’une construction politique et idéologique : il est essentiel que les écologistes prennent à bras le corps ce problème.

Voilà pourquoi nous proposons qu’EELV :

S’engage à faire de la lutte contre les inégalités économiques, sociales, environnementales et scolaires l’un des axes majeurs de son projet politique.

S’engage par conséquent à lancer un groupe de travail réunissant militant·e·s, membres de la commission en interne mais aussi ouvert à des économistes et sociologues extérieurs pour renforcer ses propositions programmatiques en termes de lutte contre les inégalités.

S’engage à travailler sur sa propre proposition de « Révolution fiscale » pour réduire fortement les inégalités, financer la transition écologique et améliorer le consentement à l’impôt.

S’engage à débattre et à adopter une position claire sur des mesures telles que le plafonnement des salaires, l’imposition de l’héritage et du patrimoine, la taxation des bonus et dividendes, la dotation d’un patrimoine ou capital universel.

S’engage à être force de proposition sur la régulation stricte de la finance et des capitaux pour mettre fin à la spirale inégalitaire qu’elle alimente largement.

S’engage à réfléchir aux moyens de rendre équitable la fiscalité carbone afin qu’elle ne repose pas proportionnellement davantage sur les ménages les plus modestes et qu’elle ne soit pas vecteur d’un sentiment d’injustice.

Affirme la lutte contre les inégalités mondiales, la lutte contre l’extrême pauvreté et le nécessaire rééquilibrage entre Pays du Nord et Pays du Sud, comme axes forts de sa politique internationale.